Sur les hauteurs du sud-ouest mauricien, la cascade de Chamarel précipite ses eaux sur près de cent mètres de paroi basaltique. Au cœur d’un domaine où affleurent les dunes polychromes des Terres des Sept Couleurs, ce site impose une organisation rigoureuse pour optimiser parcours, accès et belvédères.
Morphologie et origine volcanique de la cascade de Chamarel
Née de l’action érosive millénaire des cours d’eau sur d’anciennes strates de lave basaltique refroidie, la cascade de Chamarel constitue la chute d’eau la plus haute et la plus spectaculaire de l’île Maurice. Alimentée par la confluence des rivières Saint-Denis et Viande Salée, elle se jette dans le vide depuis une falaise abrupte de près de cent mètres de hauteur. Les eaux plongent directement dans un cirque rocheux sauvage tapissé d’une végétation tropicale dense, avant de s’écouler en contrebas vers les gorges de la Rivière Noire et le littoral occidental.
Les parois rocheuses entourant la cascade dévoilent des colonnes basaltiques remarquables formées lors du refroidissement différentiel de deux coulées de lave successives, datées de plusieurs millions d’années. Cette morphologie volcanique rappelle la puissance géologique que l’on observe sur d’autres grands sites naturels de l’océan Indien, à l’image des remparts rocheux de la cascade Langevin ou des cirques montagneux voisins.
Le débit de la chute varie en fonction des saisons pluviométriques. Durant l’été austral, de décembre à avril, les averses tropicales régulières gonflent considérablement le volume d’eau, produisant un rideau tumultueux enveloppé d’un halo de brume dense. À l’inverse, durant l’hiver austral sec, entre mai et novembre, le flux se resserre en deux filets d’eau limpides qui se détachent avec netteté sur la noirceur du basalte.
Deux belvédères aménagés pour contempler la chute
Le site a été aménagé pour offrir une observation sécurisée sans dénaturer le paysage forestier. Deux promontoires successifs permettent d’apprécier la perspective sous des angles complémentaires :
- Le belvédère inférieur, situé à quelques pas de la voie carrossable, offre un point de vue direct et horizontal sur le bassin d’impact émeraude et le pan de falaise central.
- Le belvédère supérieur, accessible en gravissant un escalier en bois d’une cinquantaine de marches à travers le sous-bois, prend de la hauteur pour révéler la trouée du canyon, la forêt indigène environnante et le sommet de la rupture de pente.
La lumière du matin se prête particulièrement bien à la photographie, lorsque les rayons du soleil pénètrent le canyon par l’est et illuminent les microgouttelettes d’eau sans créer de contre-jour violent.
Les Terres des Sept Couleurs : un phénomène géologique rare
À moins d’un kilomètre en amont de la cascade s’étend l’un des phénomènes géologiques les plus singuliers au monde : la Terre des Sept Couleurs. Sur une superficie d’environ 7 500 mètres carrés, ce paysage lunaire de dunes ondulées déploie une palette minérale alternant entre le rouge argileux, le brun sombre, l’ocre doré, l’orange, le magenta et des nuances pourpres tirant sur le violet.
Cette formation pédologique fascinante est le fruit de la ferrallitisation, un processus d’altération chimique extrême des basaltes volcaniques sous l’influence continue du climat tropical chaud et pluvieux. L’érosion a dissous la silice et les éléments minéraux solubles, laissant sur place des concentrations élevées d’oxydes métalliques. Les oxydes de fer confèrent au sol ses teintes chaudes rouges et brunes, tandis que les oxydes d’aluminium génèrent des reflets violets et bleutés.
Ces oxydes possèdent des masses volumiques et des propriétés électrostatiques différentes, ce qui empêche leur mélange intime. Même soumises à de fortes pluies torrentielles ou brassées manuellement, les particules se regroupent spontanément par gravité selon leur composition chimique pour reconstituer leurs strates colorées originelles. L’accès direct aux dunes étant strictement interdit pour éviter tout tassement mécanique, des passerelles en bois surélevées ceinturent l’ensemble du périmètre afin de canaliser les visiteurs tout en préservant ce patrimoine géologique fragile.

Tortues géantes d’Aldabra et café de Chamarel au sein du géoparc
En contrebas des passerelles en bois qui bordent les sables polychromes, le géoparc abrite un vaste enclos semi-ouvert dédié aux tortues géantes d’Aldabra (Aldabrachelys gigantea). Introduites pour pallier la disparition des espèces de tortues terrestres indigènes décimées par les navigateurs aux XVIIe et XVIIIe siècles, ces reptiles imposants peuvent peser jusqu’à deux cent cinquante kilogrammes et atteindre un âge canonique dépassant un siècle. Leur présence permet d’appréhender le rôle écologique d’herbivores majeurs que jouaient autrefois les grands chéloniens dans la régulation végétale des forêts mauriciennes.
À quelques pas de l’enclos, le domaine dispose d’un espace de restauration et d’une boutique artisanale mettant à l’honneur le café de Chamarel. Cultivé sur les sols volcaniques fertiles des coteaux environnants, ce café pur arabica bénéficie d’une maturation lente à l’ombre des collines boisées, conférant aux grains des arômes équilibrés et légèrement toastés prisés des amateurs.
Guide pratique : accès, horaires et tarifs du géoparc de Chamarel
Pour organiser votre excursion, il convient de noter que la cascade et les terres colorées sont intégrées au sein du même domaine payant, désigné sous l’appellation Chamarel 7 Coloured Earth Geopark. Le paiement s’effectue au poste de garde situé sur la route B104 reliant Case Noyale à Baie du Cap.
Concernant le point de vue cascade chamarel entree tarif, le billet d’entrée au géoparc est forfaitaire et englobe l’accès à la cascade, aux Terres des Sept Couleurs et à l’enclos des tortues :
- Tarif adulte non-résident : environ 550 roupies mauriciennes (soit approximativement 11 à 12 euros).
- Tarif enfant non-résident (de 5 à 12 ans) : environ 300 roupies mauriciennes (environ 6 euros).
- Horaires d’ouverture : le site accueille les visiteurs quotidiennement de 8h30 à 17h30, toute l’année sans interruption.
- Mode de déplacement : une route goudronnée de trois kilomètres traverse la concession entre le poste d’entrée, le parking de la cascade et le parking final des terres colorées. Une voiture de location ou un taxi privatisé reste la solution la plus pratique.
| Pôle d’intérêt | Durée estimée | Spécificité majeure | Conseil de visite |
|---|---|---|---|
| Cascade de Chamarel | 30 à 45 minutes | Chute libre de 100 m et falaise basaltique | Privilégier la lumière matinale |
| Terres des Sept Couleurs | 45 à 60 minutes | Dunes minérales aux 7 reflets chromatiques | Suivre les passerelles surélevées |
| Enclos des tortues géantes | 15 à 20 minutes | Tortues centenaires d’Aldabra | Situé en bordure sud des dunes |
| Ebony Forest Reserve | 2 à 3 heures | Canopée primaire et belvédère Piton Canot | Sentiers et passerelles suspendues |
| Rhumerie de Chamarel | 1 h 30 à 2 heures | Distillerie agricole et alambics en cuivre | Dégustation guidée incluse |
Que voir et faire autour de Chamarel dans le sud sauvage ?
La visite du géoparc ne constitue qu’un aperçu des richesses naturelles du sud-ouest mauricien. Cette région préservée s’intègre au cœur de tout itinéraire complet pour visiter l’île Maurice de manière authentique, loin des grands complexes hôteliers du littoral :
- La rhumerie de chamarel visite : installée dans une plantation d’altitude soigneusement paysagée, cette distillerie transforme la canne à sucre locale en rhum agricole pur jus de canne grâce à deux alambics traditionnels en cuivre. La visite commentée permet d’appréhender les étapes de fermentation contrôlée avant de conclure par une séance de dégustation des différentes cuvées vieillies en fûts de chêne.
- Le musée Curious Corner of Chamarel : situé face à l’entrée du domaine géologique, cet espace propose un parcours d’illusions d’optique interactif et de salles inversées, particulièrement adapté aux familles.
- Les activités sportives de plein air : pour les voyageurs en quête de dynamisme, le parc aventure chamarel tyrolienne et les sentiers techniques du parc national des Gorges de la Rivière Noire offrent des parcours aériens au-dessus de la canopée et des randonnées menant à des belvédères sauvages sur la forêt primaire.
- L’ascension du massif du Morne Brabant : visible depuis plusieurs promontoires des Hauts, cette montagne basaltique classée au patrimoine mondial de l’UNESCO invite à une randonnée sportive culminant à plus de cinq cents mètres d’altitude au-dessus du lagon turquoise et de ses bancs de sable coralliens.
La diversité des reliefs de Chamarel illustre la complexité géologique et la richesse floristique des hauteurs mauriciennes, reliant en quelques kilomètres les cascades volcaniques de l’intérieur des terres aux lagons immaculés du littoral sud.